Vers l’enfant en partage ?

La reconnaissance et l’adoption sont deux expression de la liberté parentale d’établir la filiation. Alors que par le passé, l’expression de cette liberté était la condition pour l’enfant de bénéficier d’une famille, elle est devenue, à cause de la rareté des enfants, la condition de la parenté du point de vue des adultes. Une retranscription de l’acte de naissance de l’enfant plus conforme à son histoire personnelle, permettrait sans doute, du point de vue des droits de l’enfant, de donner une place plus juste et mieux partagée à tous ceux qui revendiquent sur lui un lien de parenté. D’ailleurs, le glissement terminologique poursuivi par la loi de mai 2013 est intéressant à souligner, puisqu’il a vocation à remplacer les père et mère de l’enfant, qui par hypothèse ne pouvaient être que deux, par « des parents » dont le nombre n’est plus limité au sens de l’article 371 1 du Code civil. Du côté de l’enfant, le lien de filiation avec « sa » famille ne se pense plus en terme exclusivement génétique ou volontaire à l’égard d’un père et d’une mère, mais est en train de devenir un lien de filiation polygonéique à l’égard de « ses » parents, résultat de l’expression de la liberté conjuguée de celui qui a souhaité le reconnaître, ou l’adopter et de ceux qui jouent effectivement un rôle matériel et moral, dans sa protection et son éducation au quotidien. A l’avenir, l’exercice de l’autorité parentale pourrait se révéler pluriel. Cette diversité donnera-t-elle à l’enfant une meilleure garantie de la prise en compte objective de son intérêt alimentaire et successoral ?