L’enfant privé de parole dans l’adoption plénière

Les réformes qui se sont succédées ont nécessairement transformé de nombreux aspects de l’adoption.

Pourtant, son esprit d’origine a perduré : retranscrire en droit la volonté réciproque de transmettre une fortune et un nom pour l’adoptant et d’en assumer dignement la charge pour l’adopté. En effet, si le legs autorise la transmission mortis causa d’un patrimoine matériel, si l’enseignement permet de faire prospérer, au delà de la mort, un patrimoine intellectuel, seule l’adoption, à défaut de filiation, est capable d’assurer à l’Homme, par l’appropriation générationnelle qu’elle suscite, sa quête d’immortalité sociale à travers la perpétuation de son nom.

Afin de s’adapter à notre temps, les moyens d’y parvenir ont changé.

Par le passé, il s’agissait, un peu comme avec la possession d’état, de faire entériner, en droit, un rapport affectif et social préexistant dans le cadre consensuel d’un échange de volonté.

Aujourd’hui encore, cette façon d’adopter perdure de manière principale à travers la discrète adoption simple.

Toutefois, à partir du milieu du vingtième siècle, pour satisfaire un besoin différent d’enfant, l’adoption plénière est venue proposer le mécanisme inverse, visant à créer en droit un lien de filiation ab initio qu’il appartient ensuite à l’adoptant et à l’adopté de faire fructifier moralement et affectivement tout au long de leur vie. L’adoption n’était plus consensuelle, mais imposée à l’enfant. Jalouse, elle devenait la source d’une appropriation générationnelle sans partage, et non plus la retranscription juridique d’un amour filial surnuméraire réciproque.

Pouvait-on décréter la filiation sans avoir associé l’enfant à cette décision qui le concerne ?

De ce point de vue, les rédacteurs du Code civil de 1804 étaient sans doute bien plus attachés à la liberté des Hommes que le rédacteur de la loi de 1966. Ce caractère unilatéral, ayant vocation à exclure la personne de l’enfant, a progressivement évolué vers ce qui est désormais plutôt un « droit à… » l’enfant. Pourquoi l’affirmer ? Parce que l’enfant est systématiquement présenté de manière passive,  comme l’objet du droit des adoptants.

L’action principale se déroule sans l’enfant, trop jeune pour avoir un avis.