L’adoption corrompue ?

Étroitement liée à l’abandon d’enfant, l’adoption fait aujourd’hui l’objet d’un attrait particulièrement fort à une époque où les abandons se font rare et que la natalité est devenue faible dans beaucoup de pays développés. Ce ne sont plus les enfants qui manquent de parents, mais les parents qui manquent d’enfant. Comment appréhender ce nouveau besoin ? De nombreuses politiques ont été mises en œuvre afin que la volonté des parents de placer leurs enfants en adoption ne soit pas contrainte par des impératifs qui leurs sont extérieurs. De plus, alors qu’elle concernait principalement l’enfant du conjoint, l’adoption a été ouverte aux personnes stériles, seules ou de même sexe, et a ainsi augmenté progressivement la demande, sans que pour autant la production d’enfants adoptables ait suivi ce mouvement. Inévitablement, une forme de pénurie s’est installée sur ce marché et, comme toujours, c’est le poids de l’argent qui rééquilibre la balance, introduisant une dimension pécuniaire dans une transaction qui devrait en principe être fondée sur la générosité désintéressée.

Nos démocraties modernes ne savent pas comment réagir, partagées entre l’intuition que l’argent a corrompu le geste, et l’impossibilité concrète d’apporter une sanction proportionnée à ce fait accompli. A l’image de l’Allemagne qui l’expliquait dans son rapport devant le Comité international des droits de l’enfant : il est difficile de déterminer la marche à suivre pour sanctionner de manière acceptable dans une société démocratique, des agissement inacceptables dans cette même société démocratique lorsque la vie d’un enfant est en jeu.

Plus que la transaction de l’enfant qui a, depuis 1966, toujours été soumise à la volonté des parents, ou plus que le versement d’une somme d’argent pour décider l’abandon, ce qui rendrait certaines adoptions insupportables aux yeux de la société, serait le recul du hasard à l’origine de la rencontre entre l’enfant et ses parents adoptifs ; lorsque l’adoption ne se contente plus de recaser.

En effet, la manœuvre ne peut plus être discrète. L’essor du droit de l’enfant de connaître ses origines a vocation à faire la lumière sur les pratiques parentales qui ont conduit à l’adoption. Il n’est plus possible de cacher à l’enfant les circonstances de son adoption. L’acte de disposition, ou la transaction financière seraient donc bien secondaires,  face au risque de voir les parents adoptifs porter atteinte à la dignité humaine en refusant d’adopter tel ou tel enfant, ou en exigeant au contraire d’obtenir celui-là. C’est que dans ce cas, leur volonté n’est pas seulement la cause de l’adoption. Elle vient se substituer à l’aléa de la rencontre ayant conduit à l’adoption ; ils revendiquent un enfant en particulier, alors que l’adoption ne devrait concerner qu’un enfant indéfini.