La modification du rapport social à la filiation – La reconnaissance de l’enfant

Alors que le mariage comme modèle exclusif de la conjugalité a laissé sa place à des formes d’unions moins solennelles, une modification du rapport des individus au lien de filiation s’est opérée. En effet, en dehors du mariage, le lien de filiation est divisible : laissant la liberté à la mère et au père d’établir séparément la filiation de l’enfant. Dans le même temps, la découverte du génome et sa relative accessibilité sont venus supporter un mouvement individualiste qui visait non plus à penser le lien de filiation entre un couple parental et un enfant, mais entre l’enfant et chacun de « ses » parents. En effet, la possibilité de savoir a progressivement fait disparaître l’obligation de croire, qui prévalait par le passé. L’homme n’a pas hésité à contester sa reconnaissance lorsqu’il doutait de la loyauté de sa femme. De son côté la femme n’a pas cherché à le bercer d’illusion sur sa paternité. Responsabilité collective ? Aujourd’hui la parole de celui qui reconnaît n’est plus fondée sur la solidité du couple parental ; elle est crédible parce qu’il est possible de vérifier à tout moment l’exactitude génétique de la filiation.

Initié de longue date par de petits changements : la loi donnant l’autorisation aux personnes célibataires d’adopter un enfant ; la loi autorisant la procréation médicalement assistée avec tiers donneur ; la loi ouvrant l’adoption aux couples de personnes de même sexe, la conception de la filiation a changé de nature. La nouvelle norme sociale a été voulue ainsi : l’hypothèse de la relation sexuelle, plus exactement son apparence sociale, n’a plus de sens pour déterminer la crédibilité d’une filiation. Répercussion inévitable sur la reconnaissance : la reconnaissance pensée comme une liberté parentale devrait toujours être possible en tant qu’expression de liberté individuelle, dès lors qu’il existe un lien génétique exact entre le « parent » et l’enfant. Il se pourrait qu’il y ait de ce côté une nouvelle quête d’égalité entre l’homme et la femme, ces dernières revendiquant le droit de reconnaître « leur » enfant, même en l’absence de référence sociale à l’acte sexuel à travers les « symptômes officiels » de la gestation, en cas de recours à une femme porteuse.